Qui a peur de l’Etat fort ?

La crise économique et financière qui sévit actuellement, génère un chômage massif, un appauvrissement du tissu industriel et un sentiment général d’indignation et de déprime.

Cette désastreuse situation, nous la devons à la voracité d’un système financier ultralibéral qui, devant l’indifférence générale des pouvoirs publics, a jeté des millions de gens à travers le monde dans la précarité. En raison des manquements graves constatés dans le secteur de la concurrence, l’Etat doit assumer un rôle régulateur pour pallier ces déficiences.

Certes, les garanties étatiques offertes récemment à nos banques et la volonté de remédier aux soi-disant parachutes dorés des dirigeants d’entreprises, sont louables. Mais est-ce vraiment cela notre réponse à cette crise ? N’affrontons-nous pas une crise beaucoup plus profonde ?

Face à cette situation, les citoyens se sentent impuissants, désarmés, abandonnés. La politique des dernières décennies en Europe, menée par les forces de droite, leur a fait perdre confiance en l’Etat. En effet, dans un monde de plus en plus globalisé, celui-ci ne semble plus assumer son rôle de protecteur et de régulateur.

Les hommes et femmes politiques de droite découvrent maintenant eux-aussi, les vertus d’un Etat fort. Mais n’est-ce pas qu’un feu de paille, car il est fort à craindre qu’ils se laisseront vite tenter par l’appât du gain rapide que promettent la dérégulation des marchés, la libéralisation et la privatisation des services publics ?

Afin d’atténuer les effets de la crise, nous devrons d’abord réconcilier les citoyens avec l’Etat. Ils devront retrouver confiance en un Etat qui gère les deniers publics en bon père de famille :

  • - un Etat transparent où les citoyens peuvent retracer facilement les dépenses étatiques;
  • - un Etat où les projets d’infrastructures ne se soldent pas par un dédoublement du devis initial;
  • - un Etat qui assume lui-même la surveillance des marchés et ne l’abandonne pas à des «rating agencies», poussées elles-mêmes par l’impitoyable objectif du libre marché de réaliser des profits à outrance;
  • - un Etat administré par une fonction publique compétente, impartiale, dévouée et décemment rémunérée.

Tout au long de l’histoire contemporaine, le LSAP a toujours plaidé au Luxembourg pour une équitable répartition des richesses et pour une justice sociale. Le LSAP entend continuer dans cette voie. Sans vouloir renier l’économie de marché, il ne faut pas hésiter à tracer des limites aux cartels spéculateurs qui jonglent avec les milliards, ne reposant sur aucune valeur tangible. En parallèle, l’Etat doit explorer diverses pistes et concrétiser son action dans plusieurs domaines :

  1. Les acquis sociaux, pour lesquels le LSAP s’est engagé si fortement, doivent être maintenus. Les dépenses relatives à la santé, aux pensions, à l’enseignement, pour ne citer que celles-là, ne peuvent se prêter à marchandage et doivent être maintenues dans leur intégralité ;
  2. La fonction publique, dont nous pouvons être fiers au Luxembourg, en raison de la qualité des services qu’elle prodigue à nos concitoyens, doit non seulement se maintenir à son niveau actuel, mais doit aussi ouvrir largement ses portes pour accueillir ceux qui sont son restés sur le carreau, en raison des coups de boutoir de la crise. N’oublions pas, non plus, qu’il existe de nombreux départements de l’Etat qui souffrent d’un manque évident de personnel pour répondre à la demande de services toujours croissante et justifiée de la société dans laquelle nous vivons.
  3. Le modèle économique luxembourgeois tire une autre fierté de sa décision, maintes fois renouvelée, d’adapter les salaires au coût de la vie; il ne faut pas se laisser séduire  par ceux qui jouent les Cassandre, en faisant de l’abolition de ce système un retour à la croissance.
    La crise engendre, nous l’avons dit, chômage et dans sa foulée baisse du pouvoir d’achat, dont pâtissent également les PME. Il faut par conséquent se porter fort pour une politique salariale visant le maintien du pouvoir d’achat à un niveau acceptable.  Ajoutons à cela un interventionnisme de l’Etat pour lancer ou hâter les programmes d’investissements, et nous réussirons à atténuer les effets de la crise.
  4. Pour les plus défavorisés de notre société (n’oublions pas que selon la Chambre de travail, 14% de notre population est considérée comme étant exposée au risque de pauvreté),  des mesures spécifiques doivent être prises, notamment dans le domaine du logement (augmentation des subventions d’intérêts, création d’une agence immobilière publique, promotion du logement social et de modèles de location-achat, introduction de subventions à la location…) et pour aider ceux qui souffrent d’un surendettement.

Tel qu’esquissé ci-dessus, le programme de l’Etat nécessite l’apport de fonds substantiels.

A l’opposé d’autres partis politiques, le LSAP ne prône pas un allégement des impôts. Bien au contraire! Il faut se défaire de cette frilosité qu’ont trop de gens lorsqu’il s’agit de donner  davantage de responsabilités et de moyens financiers à l’Etat.

Dans les pays nordiques, par exemple, la solidarité devant l’impôt est très développée, ce qui a permis aux Etats concernés de mener une politique sociale active, notamment dans le domaine d’une prise en charge de la petite enfance, d’une concrétisation de l’égalité des chances, d’une réinsertion professionnelle et par dessus tout dans le domaine de l’éducation.

L’électeur qui pourra s’identifier à cette véritable politique volontariste d’un Etat fort, votera le 7 juin pour le LSAP, le seul parti dans la campagne électorale ayant une vision concrète de l’avenir de notre pays.

Yves Cruchten
Vice-Président du LSAP

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