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Journée de Commémoration Nationale : Conservation de la mémoire et action en faveur de la paix

La Journée de Commémoration Nationale procède d’un rituel bien rôdé depuis 1946 pour rappeler à nous tous le recensement effectué par l’occupant le 10 octobre 1941, où les habitants luxembourgeois ont refusé massivement d’être assimilés aux habitants du Reich allemand.

A cette occasion, le Gouvernement fait chaque année une proclamation et les autorités communales sont invitées à procéder à une cérémonie devant le Monument aux Morts, pour honorer la mémoire de ceux qui ont été les victimes de l’atroce régime nazi. A noter l’intangibilité, depuis moult années de ce texte adressé aux communes. Ceci montre à quel point la commémoration est devenue, au fil des années, une tradition à laquelle les communes ne veulent bien entendu pas se soustraire, mais qui n’a plus cette fière allure qui devrait être la sienne de nos jours.

Car il ne faut pas se voiler la face : la participation aux cérémonies se résume dans la plupart des communes à la présence des édiles locaux, des quelques survivants de la guerre et des sociétés locales, ces dernières parfois « enrôlées » pour éviter un vide sidéral sur la place du Monument aux Morts.

Il ne saurait être question, bien entendu, d’accabler quiconque dans cette affaire. Il ne s’agit pas, en effet, d’une mauvaise volonté de la part des autorités publiques, mais simplement une certaine léthargie qu’il convient de combattre pour éviter que la Journée de Commémoration Nationale ne verse un jour dans l’indifférence générale de la population.

Les rangs de ceux qui ont vécu les années 1940-45 s’éclaircissent forcément et on peut s’attendre à ce que d’ici quelques années, les derniers témoins manqueront à l’appel. Il s’ensuit qu’il appartient aux jeunes générations dont le soussigné (né en 1975), de maintenir le flambeau, ce qui deviendra difficile lorsqu’on sait que bien souvent la seconde guerre mondiale est considérée sinon comme un événement banal, du moins comme une péripétie fort éloignée des préoccupations de la société d’aujourd’hui. Ne parlons même pas du révisionnisme et du négationnisme qui, bien que marginaux, font souvent leur choux gras dans certaines franges d’une population mal instruite.

Tout ceci renvoie, bien sûr, à un manque évident de connaissances par rapport à l’histoire de la 2e guerre mondiale. Le plus inquiétant dans l’affaire est le fait que bien souvent nos concitoyens conçoivent les libertés que nous luxembourgeois nous sommes appropriées, comme un acquis irréversible.

S’il est vrai que nous n’avons plus rien à craindre de nos voisins immédiats et de nos partenaires de l’Union européenne, il reste néanmoins que les crises du Balkan et du Caucase montrent que la paix est une construction bien fragile. D’où l’idée d’étendre le concept de la Journée de Commémoration Nationale aux valeurs que représentent pour notre société la liberté et la paix. Pour promouvoir cet idéal, il faut nécessairement mettre en évidence le civisme, une vertu bien souvent négligée par nos contemporains. Dans cette affaire, l’école devra jouer un rôle capital. Il serait absolument nécessaire d’introduire, dans chaque ordre d’enseignement une réflexion respectivement action, au moins annuelle, au culte du souvenir et au renforcement de la vigilance.

Si nos frères et sœurs, parents, grands-parents et arrière-grands-parents avaient le malheur de souffrir les atrocités de la guerre, il est de notre devoir de ne pas oublier leur sacrifice, de se souvenir de leur courage, mais surtout de veiller à ce que pareilles sauvageries ne se reproduisent. Conservons la mémoire, préservons la paix !

Yves Cruchten, Bascharage

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