PdL-5611: à revisiter !
Monsieur le Ministre du Travail et de l’Emploi, Comme de nombreux jeunes citoyens, je ne peux pas être d’accord avec certains passages de votre projet de loi N° 5611, traitant notamment de l’emploi des jeunes. Bien entendu, je suis conscient du fait que lors de la tripartite du printemps dernier il a été discuté de l’emploi des jeunes et des mesures à prendre pour remédier à la situation désolante des jeunes chômeurs et jeunes demandeurs d’emploi. Partis politiques, syndicats et patrons ont certainement le mérite de s’être penchés sur un dossier aussi épineux, mais il s’agit précisément du même dossier qui jusque-là a été traité en parent pauvre par ces mêmes acteurs. Je partage votre avis que les décisions de la tripartite ne doivent pas être remises en cause. Or, je me demande si effectivement les dispositions de votre projet avaient été arrêtées comme telles par ce comité. Aussi m’interroge-je sur le nombre effectif des cas problématiques que vous tentez de toucher par ce projet de loi. Combien de jeunes profitent successivement des mesures visées (par votre projet de loi) sans trouver d’emploi stable ? Quelles en sont les raisons ? Et ces dernières, sont-elles uniquement à rechercher dans le chef de leur soi-disant « passivité » ? Combien de jeunes universitaires bénéficient des allocations de chômage et combien de temps restent-ils dans cette situation déplorable ? ;Si certaines dispositions de votre projet peuvent trouver mon approbation, dont la réforme des Contrats d’Auxiliaire Temporaire (CAT) avec une implication plus poussée de la part de l’Administration de l’emploi (qui jusqu’alors ne s’intéressait guère à ces jeunes dès qu’ils entraient dans le bénéfice de ces mesures), encore faut-il donner à ces agences les moyens de le faire. Le fait qu’à ce jour déjà, 26 « placeurs » s’occupent des quelques 10.000 demandeurs d’emploi (ce qui revient à 400 dossiers par agent) ne permet certainement pas un traitement individualisé et couronné de succès. Ce qui m’amène à douter sérieusement de l’efficacité des mesures envisagées. D’aucuns tentent d’assimiler le projet de loi 5611 au contrat première embauche (CPE) de votre collègue français Monsieur de Villepin. Même si cette vue des choses me semble quelque peu simpliste, je ne puis m’empêcher de remarquer que les prémisses à la base des deux projets ne sont pas tellement divergentes. Les deux auteurs partent du même point de vue en supposant que les jeunes demandeurs d’emploi sont les cas problématiques de notre marché du travail et que c’est sur leur dos que l’Etat, respectivement les entreprises peuvent faire des économies. Certes, si les jeunes constituent aujourd’hui 22% de tous les demandeurs d’emploi, des mesures en faveur de l’emploi des jeunes s’imposent et le Gouvernement a raison de s’intéresser à eux. Pourtant, par ce projet de loi et les récentes déclarations malheureuses de notre Premier Ministre, les jeunes deviennent, malgré toutes bonnes intentions, les boucs émissaires d’une situation intolérable sur notre marché de l’emploi. Est-ce que les cas problématiques avérés parmi les demandeurs d’emploi se trouvent uniquement du côté des jeunes ou ne serait-ce pas le chômage des quinquagénaires qui devrait aussi attirer notre attention ? Les statistiques[1] de votre propre administration nous renseignent que le nombre des demandeurs d’emploi de plus de 50 ans est sensiblement le même que celui des jeunes de moins de 26 ans. Vous conviendrez certainement avec moi que l’employabilité d’un travailleur expérimenté, mais en fin de carrière est d’autant plus délicate que celle d’un jeune aspirant, auquel s’offrent plein de possibilités en matière de formation, d’orientation professionnelle etc. … Voilà un chantier que la politique ne devrait plus négliger ! La jeunesse luxembourgeoise mérite que votre projet de loi soit revisité en tenant compte des réels problèmes de notre marché de l’emploi. Oui, nous avons besoin d’une politique en faveur de l’emploi des jeunes, mais également en faveur des travailleurs âgés. S’il entre vraiment dans vos intentions de revoir certains passages de votre projet de loi, faisons en sorte que la politique dégagée de cette nouvelle version s’attaque en premier lieu aux causes du chômage et non à ses dépendants. Je suis convaincu que les récentes critiques des jeunes seront entendues et que leurs revendications ne resteront pas vaines ! Yves Cruchten








